J'en ai marre de cette manière qu'on a, dans notre société, de transformer la souffrance des femmes en contenu émotionnel.
À chaque fois qu'une vidéo devient virale montrant une femme en train de faire un travail extrêmement pénible, c'est toujours le même scénario. Quelqu'un la filme discrètement, souvent avec son visage bien visible, pendant qu'elle transporte des charges lourdes ou s'épuise physiquement pour gagner de quoi survivre. Ensuite on ajoute une musique triste, un texte du genre « Les femmes sénégalaises sont courageuses. » Et les commentaires applaudissent.
Mais à chaque fois que je vois ça, je ne ressens pas de l'admiration. Je ressens un malaise immense. Parce que je ne comprends pas pourquoi notre premier réflexe est d'acclamer la souffrance au lieu de vouloir la faire disparaître.
Depuis quand voir quelqu'un se détruire le corps pour survivre est devenu quelque chose de « beau » ? Depuis quand la douleur est devenue une qualité morale ?
Cette femme ne fait pas ça parce qu'elle aime souffrir. Elle le fait parce qu'elle n'a pas vraiment le choix. Parce qu'il faut nourrir une famille. Parce que les conditions économiques sont dures. Et nous, au lieu d'être choqués par cette réalité, on transforme ça en spectacle motivant pour les réseaux sociaux.
L'hypocrisie derrière le partage
Le pire, c'est l'hypocrisie derrière tout ça. Beaucoup de ceux qui postent ces vidéos ne cherchent pas à aider ces femmes. Ils cherchent des vues, des partages, ce mélange parfait entre tristesse et inspiration qui fait réagir Internet. La souffrance humaine est devenue un outil à engagement.
On filme quelqu'un dans un moment de vulnérabilité sans consentement, on expose son visage à des milliers de personnes, puis on se donne une image « humaine » avec quelques phrases pseudo-profondes. Mais derrière l'écran, qu'est-ce qui change concrètement dans la vie de cette femme ? Absolument rien.
Parce qu'au fond, ce genre de contenu permet surtout à la société de se donner bonne conscience sans jamais remettre en question le problème réel. On préfère célébrer « la femme forte » plutôt que se demander pourquoi elle est obligée d'être forte à ce point.
Moi je ne veux pas d'une société où les femmes doivent être héroïques pour survivre. Je veux une société où elles n'ont pas besoin de souffrir autant pour vivre dignement.
Faire un travail extrêmement dur n'a rien de noble en soi. La souffrance n'est pas une vertu. Être exploité économiquement ne devrait jamais devenir une source d'inspiration romantique.